Epilation anglaise

Publié le 21 Février 2013

Epilation anglaise

Les Championnats d’Europe en petit bassin nous a permis de découvrir Manchester ou plus exactement le trajet Hôtel-Piscine, Piscine-Hôtel sous un temps typiquement anglais et humide d’un mois de décembre.

Cette compétition sponsorisée par un célèbre équipementier était bien sûr préparée en amont et un certain nombre d’éléments promotionnels et de visibilité étaient envoyés avant la compétition. Comme il est bon de se remettre en question et de challenger ses fournisseurs dans le seul but d’améliorer la qualité et de réduire les coûts, j’avais interrogé un nouveau fournisseur de signalétique afin de lui confier une partie de la production. Comme test, je lui avais fait faire la ligne de fanions qui sert à matérialiser la ligne des 5 mètres pour les épreuves de dos. Cette ligne est composée de fanions, aux couleurs d’un sponsor, répartis tous les 20 centimètres. Quelques semaines avant le départ, j’avais reçu un sac contenant la ligne soigneusement enroulée et les fanions placés les uns sur les autres pour qu’ils ne s’abiment pas pendant le transport. Pas souci de professionnalisme, j’avais vérifié les deux premiers mètres de la ligne pour vérifier le découpage des logos du célèbre équipementier à trois bandes. Aucun problème a priori. J’avais replacé les premiers fanions soigneusement pour qu’ils vivent le transport dans les mêmes conditions que leurs petits camarades.

La veille de la compétition, je souhaitais que la piscine soit en situation pour éviter tout malentendu. Et là, crac, la fausse note, la mouche dans le lait… Je déroule la ligne de fanions et ça accroche un peu après les deux premiers mètres. Attention, gentiment au début, je sens que les fanions ont un peu de mal à se séparer, puis plus sérieusement au fur et à mesure. Plus je tire, malgré ma délicatesse légendaire, plus la résistance est sévère. Les fanions blancs en se décollant laissent échapper des bouts de logo noirs de façon anarchique. Certains se présentent même totalement vierge d’inscription.

En gros, plus j’avançais dans le travail de décollage et de déroulage plus je m’enfonçais dans un problème qui ressemblait à de la destruction massive, à du génocide de logo. Les quelques heures qui me restaient avant le début de la compétition ne me laissait que peu de temps pour rattraper la mayonnaise.

Quand on va à Francfort, on n’emmène pas de saucisse. Ce qui vaut pour les saucisses dans la plus grande ville du Land de Hesse, vaut pour les pinces à épiler à Manchester. Aucun rapport, je vous le concède mais dans le cas présent, c’était un cas impérieux voir vital de s’en procurer une. Et c’est là qu’intervient K, mon amie et néanmoins collègue, qui non seulement était présente et prête à m’aider mais était également en possession de l’outil convoité. Ne jamais se moquer des filles qui trimballent dans leur sac un matériel qui peut paraître inutile et disproportionné au regard de la situation. Le temps peut vite virer à l’orage.

Il faut donc s’imaginer la scène (vous avez un moment devant vous puisque la petite opération nous mènera au-delà de quatre heures du matin) d’un fordisme débordant avec division du travail à la clé. L’un détachant à la pince à épiler les bouts de logo qui pendent des fanions en essayant de préserver ce qui peut encore l’être et l’autre se basant sur l’embossage relatif et des traces laissées par les logos manquant pour rétablir une vérité esthétique à l’aide d’un marqueur. Inutile de vous dire qu’au bout de quelques heures de manœuvre, nous eussions été capable d’établir la charte graphique des dits logos avec dimensions exactes et de pouvoir dessiner dans le noir sans beaucoup d’erreurs les logos de la marque à trois bandes.

Après une courte nuit, la ligne fut installée au petit matin sans qu’aucun des observateurs présents n’eusse pu déceler le moindre problème. La satisfaction du travail accompli était à son comble.

Il ne nous restait plus qu’à expliquer à nos conjoints respectifs que nous avions passé la nuit ensemble dans une chambre à jouer de la pince à épiler et du marqueur. Le caractère érotique de la situation n’ayant échappé à personne.

Rédigé par Thierry C.

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