Lève-toi et marche

Publié le 16 Avril 2013

Lève-toi et marche

Les raisons qui m’ont conduit à la Porte de Versailles, Hall 4 pour visiter le Salon de la Randonnée sont encore obscures dans mon esprit. Au départ, il me semble que c’était pour trouver des idées de régions à visiter pour les prochaines vacances d’été. Il faut dire que l’affiche du salon vendait bien sa came en mettant en avant un jeune couple avec deux enfants en train de marcher au train cheveux au vent.

Sur le site internet, la présentation indiquait que des villages à thèmes regroupaient les intervenants : Les destinations, l’environnement, l’équipement, l’agritourisme et un vrai marché des terroirs. On allait voir ce qu’on allait voir. Et on a vu.

Je m’y suis rendu avec mon fils, presque 14 ans, qui très rapidement s’est avéré être le plus jeune participant. Moi aussi d’ailleurs avec mes presque 46 ans. On plombait carrément la moyenne d’âge. On a très rapidement eu l’impression que l’ensemble des maisons de retraite de la région avait déversé par cars entiers leurs vénérables anciens pour y disputer le championnat du monde de marche des grabataires. Nous nous trouvions au paradis des cheveux violets, dans le temple du bel âge, du grand âge, des cataractes, de la dégénérescence maculaire, de l’ecmnésie, et de la perte d’audition.

Ce salon doit avoir le plus fort taux de fractures du col du fémur.

Il y avait beaucoup de monde et ça n’avançait pas très vite dans les allées. D’autant moins quand deux mamies géraient leurs problèmes de fermeture éclair plantées au milieu du flux. L’une d’elle était penchée sur le nœud du problème en essayant d’extirper l’écharpe coincée de sa copine qui ne trouvait rien de mieux que de lui dire ‘’Et là maintenant, je fais quoi ? Je tire ?‘’

Non, Madame, la violence n’a jamais résolu les problèmes du monde.

Plus loin, le stand d’un vendeur de hamacs en toile de parachute exhibait avec fierté ses produits. Le vendeur ne pensait sans doute pas qu’un monsieur teste aussi profondément sa gamme. Je crois l’avoir entendu ronfler, malgré le brouhaha à plus de 10 mètres. Belle pub. Testé et approuvé par Gérard…

Dans chaque salon, même celui de la Piscine, un stand rend hommage au salon de l’Agriculture. Ici, deux agneaux tétaient leur mère dans un immense enclos de 2m² aménagé par la bergerie nationale. Savais-tu, Cher lecteur, qu’une partie de tes impôts passaient dans la laine ? Deux chèvres leur servaient de voisines dans un espace encore plus réduit. Bien sûr, chacun est attendri par ce merveilleux spectacle de la nature et y repensera avec émotion en tournant la clé de contact de son Range-Rover 4x4, 48 litres au 100 kms.

Les exposants essayaient de coller, avec plus ou moins de réussite et de pertinence, au thème du salon. Des voyagistes d’élites pour des voyages improbables et intouchables qui promettaient de voir l’écureuil nain de Burkina Faso ou de grimper sur le Mont Roraima au Venezuela pour pouvoir annoncer à la prochaine réunion de famille qu’on a gravit le plus haut Tepui (montagne tabulaire) du monde à plus de 2835 mètres. Les 53 stands dédiés à la marche nordique, avec démonstration ( ?) et présentation de matériel de pointe. Les stands de la Baie de Somme, du Bearn Pays Basque, du Queyras ou de Corse mais aussi du Mali, de Madagascar, du Québec ou de l’endémisme biogéographique qui enrichit la biodiversité du Parc des Abruzzes . Le stand de la Suisse où on peut manger du gruyère (ils sont balaizes les gars du marketing) et voir deux paysans élevés au grain pratiquer la lutte à la culotte en se roulant dans la sciure. Bizarrement rien sur l’évasion fiscale et les banques de Zurich.

Planqués dans un coin comme si on avait un peu honte d’eux, Greenpeace et Sea Sheperd essayaient de récupérer quelques oboles en vendant un ‘’guide de survie à un dîner avec des pro-nucléaires’’ ou des autocollants de pirates.

Certains exposants affichaient un programme à la hauteur de leurs ambitions : le stand des amis des ânes, des amis des orties, des bouillotes antidouleur, du savon au fiel spécial tâches cuites, des protections intimes lavables, des semelles à eau, du web solaire, du pollen congelé sous azote, de la gamme cosmétique et alimentaire à l’argousier et à la sève de bouleau, de la bougie à vie ou celui de la Joie des pierres. Sur chacun, le boulet du jour racontait sa vie à un exposant qui au bout de trois jours de salon sent monter en lui des envies de meurtre particulièrement sadiques.

Avant de s’enfuir, les visiteurs allégeaient leurs portefeuilles au marché du terroir où les exposants étaient déguisés en costume locaux et où les saucissons s’échangeaient à des prix élyséens. Nos vénérables anciens repartaient avec le sentiment du devoir accompli d’avoir fait marcher l’économie française en région tout en ayant néanmoins réalisé une excellente opération au regard des prix pratiqués dans leur quartier.

Au final, je ne sais pas où nous partirons cet été mais je sais déjà où nous ne mettrons jamais les pieds.

Rédigé par Thierry C.

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