Emotion blanche

Publié le 17 Avril 2013

Emotion blanche

Dans le taxi qui me mène à l’aéroport, le chauffeur tente d’engager la conversation histoire (peut-être…) de prendre une petite extension au prix affiché au compteur :

‘’Vous partez en vacances ?’’

‘’Non, je vais en Italie pour le boulot’’

‘’Ah, vous allez faire quoi ?’’

‘’Je vais voir un événement type grande boite de nuit dans une Arena’’

‘’Ah bon vous faites quoi comme métier ?’’

‘’Je suis gogo dancer’’

‘’ ….’’

Le reste du voyage s’effectue sans autre question et dans un silence quasi monacal…

Non, Chère lectrice, je ne suis pas gogo dancer. Mon corps me le permettrait largement mais mes capacités en danse définitivement pas. Si je me suis rendu en Italie, c’est pour assister en compagnie de deux de mes collègues à un événement du monde de la nuit qui tourne à travers le monde dans des grandes salles. Le principe est simple : de la musique et tout le monde en blanc. Organiser des événements est mon métier et prospecter pour trouver des nouveaux concepts une nécessité. Même si je dois y laisser ma santé à boire des cocktails douteux et chopper des torticolis en regardant la partie féminine de l’auditoire évoluer dans des tenues blanches fortement tendues sur leurs formes.

Arrivés à Bologne, nous dînons dans un restaurant tenu par le pilier de l’équipe de rugby de la ville. Même si ses serveurs sont d’une lenteur incroyable, nous éviterons la moindre critique. Car comme disait Audiard, quand les gros de 130 kilos parlent, ceux de 70 écoutent.

Nous partons donc après la pizza pour une petite balade en quête d’un taxi pour nous rendre en périphérie de la ville. Si la petite marche, nous permet un début de digestion adéquat, elle s’avère rapidement une jolie galère. Déjà on passe pour des glands en étant tout de blanc vêtu alors se prendre des vents par les taxis pendant de longues minutes commence à jouer sur nos nerfs. D’autant qu’on repère facilement la concurrence également déguisée en Immaculée Conception.

Se rendre à pied à la salle ? Impossible. Autant tenter un double Ironman.

On imagine déjà rentrer à la maison et raconter l’aventure à nos petites amies et femmes respectives :

‘’C’était bien ton événement ? Tu as des photos ?’’

‘’Ben, on a marché sans trouver la salle et on est allé direct à l’aéroport pour prendre l’avion le lendemain matin’’

‘’Mon pauvre chou, et est-ce que tu veux que je lave tes affaires ?’’

‘’Ben, Brenda doit me renvoyer ma valise…’’

‘’J’en ai marre que tu me racontes des pipes… Qui est Brenda ?’’

Il fallait quand même qu’on voit Brenda. Et toujours pas de taxi.

Je tente la question qui fâche :

‘’On prend une des navettes ?’’

La réponse de Julien est sans appel :

‘’ Pas question c'est un coup à finir avec une bite dans l'oreille et 3 grammes de coke dans le nez. Pourquoi pas prendre un Noctilien, pendant que vous y êtes ? ‘’

Après bien des péripéties et une digestion parfaitement achevée, nous trouvons un taxi qui nous dépose devant l’Unipol Arena et nous pouvons enfin pénétrer dans l’enceinte.

Après plus d’une heure d’envoi de SMS, Julien finit par mettre la main, si j’ose dire, sur Brenda, une hollandaise typique. Grande, blonde, carrée et chargée de l’organisation de l’événement. Parler business avec les watts que déverse la sono est un exercice périlleux mais qui permet rapidement de créer une certaine intimité avec son interlocutrice. A condition de se mettre sur la pointe de pieds parce qu’elle est vraiment grande la batave.

En complément du son mixé par les DJs, lasers, fumigènes, lumières et projections permettent de maintenir la pression pendant les 10 heures de la soirée. La jeunesse bolognaise gavée de sucres lents ne s’arrête que pour aller recharger les accus au bar. Les cocktails à base de boisson énergisante et d’alcool coulent abondamment.

Inutile de vous dire qu’on n’a pas tenu 10 heures et qu’au vue de l’état des troupes à deux heures du matin, on peut aisément imaginer l’ampleur du désastre aux premières heures de l’aube. Vomis dans les escaliers (la faute au jus d’ananas qui est difficile à digérer), sol collant qui limite la progression et glaçons sur la piste de danse pour l’aqua planning.

Bref on a vu et il est temps de s’éclipser.

Sauf que le problème de convoyage de l’aller persiste au retour. Les navettes sont plus que jamais proscrites et on a beau essayer d’appeler les taxis G7, cela ne marche définitivement pas à l’étranger…

Le seul moyen qui nous semble évident est de faire un coma éthylique et de rentrer en ambulance. Mais on a loupé le coche et les bars sont loin maintenant.

Julien réussit à soudoyer un chauffeur qui attend un client dans une voiture noire propre bien que banale. Nous eussions préféré une Jaguar, une Maserati ou une Série 7 mais il est des moments où il faut savoir faire preuve de souplesse et se contenter de peu.

‘’On n’a pas été mauvais, là…’’ se glorifie Julien.

‘’On peut même dire que t’as été bon. On va dire que tu t’es rattrapé…’’ nuance le boss.

Je ne saurais jamais quel écart a valu ce bémol à Julien. Surtout qu’il m’avait l’air d’avoir particulièrement travaillé à parfaire les relations avec l’organisatrice.

Le chauffeur nous ramènera à l’hôtel dans un style plus Samy Naceri que chauffeur de maître. Julien suggérera qu’il méritait un petit pourliche pour qu’il puisse aller parier au matin sur la Série A du Calcio. Ce qui fût fait.

Rédigé par Thierry C.

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