Gigot de 7 heures aux urgences

Publié le 12 Mars 2013

Gigot de 7 heures aux urgences

À chaque période de vacances au ski, un de mes fils trouve pertinent de se vautrer afin que nous puissions visiter les urgences du coin. Je songe d'ailleurs sérieusement à éditer un guide sur les services d'urgence en montagne. Pour être parfaitement honnête, j'ai personnellement eu l'occasion de côtoyer l'univers médicalisé en altitude ayant trouvé opportun de faire cohabiter une de mes spatules avec mon crâne. Le trou dans la tête et le nombre de points nécessaires ayant fait l'objet de spéculations et de paris chez mes amis, je m'en suis sorti avec 17 points de sutures (bravo Seb pour l'évaluation) et un amour immodéré pour les casques.

Grâce à une jolie gamelle en snowboard et un atterrissage sur un poignet, mon fils aîné nous a donc offert l'opportunité de découvrir les urgences de Bourg St. Maurice qui recueillent une bonne partie des éclopés de la Savoie et des stations ne disposant pas de médecin urgentiste.

Comme chacun le sait les urgences offrent une photographie de la société assez réaliste puisque l'égalité républicaine et la vie en général partagent assez équitablement les emmerdes et les bobos.

Laisse-moi, Cher lecteur, te dresser une petite galerie de portraits. Dans la petite salle attenante à l’entrée ultra sécurisée des urgences (on se demande d’ailleurs si cette porte à digicode est faite pour empêcher de rentrer ou de sortir) se côtoient donc des individus dont le seul point commun est une douleur plus ou moins aigüe.

Il y a d’abord cette mère de famille qui maintient ses troupes dans une parfaite cohésion pendant que son mari se fait soigner son amour propre d'avoir voulu impressionner ses enfants par son ski de haut niveau et accessoirement une épaule endolorie.

Il y a un vieil anglais qui essaye tant bien que mal de se faire comprendre auprès d'une infirmière qui a l'air de regretter amèrement d'avoir séché les cours de miss Marple ce qui vaudra à la mère de famille cette réplique pleine de bon sens: "Quand je vous dis que c'est important pour se débrouiller dans la vie de bien parler anglais". Le pauvre homme malgré sa parfaite maitrise de la langue de Shakespeare confirme que pour faire un grand match, il faut être deux sur le terrain de valeur égale…

Il y a aussi trois jeunes qui doivent avoir été importés directement de Brooklyn bien que leur accent savoyard laisse penser le contraire. Un d’entre eux a adopté un total look noir et blanc impressionnant. Je ne m’attarderai pas outre mesure sur la casquette noire et blanche, le pantalon de jogging noir et blanc, le blouson noir et blanc mais sur la paire de gants de golf main droite et main gauche, ce qui vous l’avouerez, Cher lecteur, n’est pas courant, qui est tout simplement sublime. La chaleur de la salle d’attente faisant son effet, notre jeune homme mettra plus d’une demi-heure à ôter ses deux accessoires dont la taille semble avoir été sous-évaluée à l’achat.

Il y a ce moniteur de ski qui agresse compulsivement les machines à café qui refusent de lui rendre sa monnaie alors qu’il patiente pour savoir dans quel état est sa cliente du jour qui a fait connaissance un peu trop violemment avec un sapin.

Enfin il y a ce couple dont la femme a sans doute renversé la totalité de la bouteille du dernier Guerlain sur elle, la sortie à l’hôpital constituant sans doute un événement mondain très prisé. Elle s’inquiète plus de savoir si son chien a bien été pris en charge par son fils que de la santé de son mari qui oscille entre malaise vagal et ennui gastrique. La conversation au téléphone permettant à chaque personne qui patiente de briser la monotonie ambiante.

Au fil des heures, nous pouvons faire le bilan des victimes journalières des pentes des Alpes: un nez éclaté, une luxation de l’épaule, un trauma crânien, un poignet autre que celui de mon fils et bien sûr le traditionnel genou.

Après plus de sept heures d’attente, nous repartirons avec un joli plâtre en résine entourant le poignet de mon fils avec la perspective d’avoir un lion en cage bloqué dans l’appartement pour le reste de la semaine.

Rédigé par Thierry C.

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